Melvin Edwards

 date

du 22/10/2025 au 15/02/2026

 salle

Palais de Tokyo,
Paris

 appréciation
 tags

Félix González-Torres / Melvin Edwards / Palais de Tokyo

 liens

Palais de Tokyo

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Au sein d’une saison Echo Delay Reverb dans laquelle une large part est dévolue aux influences des penseurs de la french theory sur les plasticiens états-unien (et qui nous a intéressés de manière assez modérée, nonobstant la présence de quelques très belles œuvres, dont un amas de bonbons pelliculés de Félix González-Torres), il est nécessaire de s’arrêter sur la rétrospective consacrée à Melvin Edwards. L’octogénaire texan, afro-américain, nous était totalement inconnu jusqu’alors ; sa présence dans la grande courbe du Palais de Tokyo permet de rattraper ce retard et d’apprécier ses créations qui bénéficient du bel espace que leur laisse l’institution parisienne.

Entre sculptures, installations et peintures, le public circule assez librement, retrouvant régulièrement une inclination aux métiers manuels : forgeron dans Tools At Rest (ensemble d’outils refaçonnés) ou exploitant terrien dans Agricole (soc de charrue suspendu en l’air). Assurément, cet attachement le lien avec la famille de Melvin Edwards (son grand-père était l’un de ces travailleurs manuels) et avec le passé esclavagiste des États-Unis. Le motif récurrent de la chaîne renvoie aussi à cette histoire (comme cette série d’assemblages accrochés au mur courbe et intitulé Lynch Fragments, figurant des visages déformés par le lynchage), même si cette chaîne est aussi utilisée pour créer des rattachements entre objets ou servir de base à des créations picturales.

Au-delà de ce regard arrière, Edwards mena un dialogue fécond avec son présent, croisant poètes (Jayne Cortez), écrivains (Léon-Gontran Damas ou Édouard Glissant) et jazzmen (Art Blakey, Sonny Rollins ou Ornette Coleman). Ses rencontres irriguent son œuvre et l’inspirent, donnant naissance à des propositions parfois très littéraires, parfois beaucoup plus déliées dans leur expression (Felton). Certaines sculptures sortent également des tons de rouille et de métal pour se parer de couleurs laquées (bleu, jaune ou rouge), venant jeter un pont vers un art minimaliste qui se développait par ailleurs aux États-Unis à la même période. Mais les barbelés, mêlés à du fer, ne sont jamais loin et, même quand ils forment une sorte de lit ou de balancelle, ils conservent leur part tranchante et mortelle.

François Bousquet
le 06/02/2026

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