28/02/2026
Dar Zin,
Paris
Découverte dans un coin de page de Libération, sous la plume de l’avisé Olivier Lamm, l’existence du duo londonien Jemima nous avait ramenés un quart de siècle en arrière, quand des formations (principalement anglaises) développaient une lecture minimaliste et lo-fi du post-rock. Assez avares en prestations live (leur premier concert fut donné en août 2025 alors que le duo fut formé début 2024), les Anglais se lancèrent néanmoins, à cheval sur février et mars, dans une petite tournée d’Europe continentale (six dates, dont deux en France) qui, pour sa soirée parisienne, nous conduisit au Dar Zin, restaurant berbère de la Porte de la Chapelle, doté d’une salle de spectacle.
Organisé par Raguénès (structure dont on suit les annonces depuis plus de deux ans, et qui propose des concerts intéressants - Nina Garcia, Radio Hito, Loto Retina - mais auxquels on n’avait pas encore pu se rendre), le plateau débuta par un set de Lucy Sissy Miller. Alternant titres en guitare-voix et propositions au clavier, la Franco-Britannique se montra assez impersonnelle dans les premiers (arpèges et chant, pour une forme entre folk et americana) et plus singulière dans les seconds. La présence d’auto-tune, des collages et samples lui permirent, effectivement, de sortir du tout-venant, à l’image de ce morceau où elle introduisit une reprise du Don’t Be Cruel d’Elvis. Le travail sur sa voix, filtrée et brouillée, conférait une certaine particularité au projet d’ensemble et constitua, en toute hypothèse, une bonne ouverture de soirée.
À 22h précises, les Londoniens de Jemima s’assirent, tout serrés derrière leurs unique table et laptop. Tandis que l’un installait de délicats et épars arpèges de guitare électrique, l’autre posait quelques vocalises ou chant murmuré (ou marmonné, c’est selon). En arrière-plan, bruissements, enregistrements de conversations embrumées, bruits de train et crachotements formaient des tapis sonores tout à fait adaptés à cette esthétique lo-fi et un peu grêle. Le second Anglais put, sur quelques titres, venir enrichir l’orchestration, par des apports tout aussi ramassés sur eux-mêmes et raccords avec la coloration générale : mélodica, caisse claire sur laquelle un sac en coton était posé, charleston laissé fermé, grosse caisse au son mat.
Rarement identifiables, les paroles prononcées comptaient, en vérité, assez peu, le duo préférant clairement la mise en place d’un climat minimaliste, un peu bricolé, chétif et tremblant, au risque d’une légère monotonie. Sur la fin de leur grosse demi-heure de concert, aux titres enchaînés, les Britanniques purent proposer à la salle bien remplie (environ 80 personnes) deux morceaux avec une rythmique plus régulière et des arpèges de guitare superposés, comme s’ils forçaient un peu leur timidité naturelle (qui les pousse, par exemple, à ne pas afficher leurs visages, ni leurs noms patronymiques, sur leurs différents réseaux sociaux). Encore trop peu assurées, leur présence scénique, comme la traduction live de leurs enregistrements, méritent certainement d’être confortées. Si rien ne dit qu’ils en aient vraiment envie, on conservera, après cette première date française, l’impression d’un beau moment, fragile et ténu.
le 02/03/2026