Julien Lewkowicz
Julien Lewkowicz
du 19/03/2026 au 04/04/2026
Théâtre Paris-Villette,
Paris
Parmi les différents gestes artistiques destinés à documenter et faire revivre les activismes des minorités pendant les années 1980 et 1990 en France, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid se concentre sur une radio libre et sur sa célèbre libre antenne. Parti d’archives retrouvées de Lunes de Fiel, émission hebdomadaire de Fréquence Gaie, Julien Lewkowicz en a créé un spectacle dans lequel l’un des animateurs, au seuil de la mort, réécoute le dernier numéro de cette émission qui a duré trois ans (1986-1989), dernier numéro qui se voit interpréter en semi-temps réel sur scène.
Cette recréation se trouve ancrée dans le réel par la surimpression de l’émission d’origine (exhumée par cassette audio) et interprétations au plateau, à l’interjection près. Appels d’auditeurs, improvisations des animateurs, interventions du standardiste, diffusion de tubes de l’époque (Confidences sur la fréquence de Dalida et Antoine, Tropique de Muriel Dacq) : rien ne manque de cette atmosphère des libres antennes, dont on s’aperçoit, au passage, qu’après avoir connu ses heures de gloire sur les radios libres, puis les radios FM, semblent quasiment disparues. Volontiers cru et cul, les propos tenus se montrent également tendres et désespérés, quand certains auditeurs confessent leur mal-être, soit une palette bien représentative, là encore, de ce registre radiophonique.
Le dialogue entre l’époque et le « présent » de l’animateur au soir de sa vie (situé, en vérité, à la fin des années 1990) est figuré par des jeux de lumière, alternant teintes chaudes et lumières blafardes, dans une binarité un peu basique mais qui permet de bien sentir que l’hédonisme a laissé place à la maladie. Mis en scène par l’auteur lui-même, également interprète de cet animateur auto-archiviste, le spectacle joue volontiers sur le rapport scène-salle, dans une forme de réactivation de la relation entre animateurs et auditeurs : adresses au public, lancé de préservatifs, distribution de gâteau au chocolat, invitation à taper dans les mains en rythme sur la musique, etc…
Dans ses deux premiers tiers, Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid nous a toutefois paru manquer un peu de profondeur politique et de mise en perspective. Néanmoins, un peu à l’image de ce titre (à ne pas prendre comme une référence à Claude François, mais plutôt comme une description des symptômes de la maladie), le spectacle gagne à dépasser une première impression, pour parvenir à des instants où il s’interroge sur la nature du rire, sur ce que c’est d’être homosexuel et de la différence entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990. Un quart de siècle plus tard, les choses ont évidemment évolué, même si les droits et la visibilité peuvent assurément encore progresser.
le 01/04/2026