À notre place

 auteur

Arne Lygre

 metteur en scène

Stéphane Braunschweig

 date

du 18/03/2026 au 17/04/2026

 salle

Théâtre de la Colline,
Paris

 appréciation
 tags

Arne Lygre / Théâtre de la Colline

 liens

Théâtre de la Colline

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Revenant dans le théâtre qu’il a dirigé jadis, Stéphane Braunschweig y retrouve aussi Arne Lygre, cet auteur norvégien qu’il a contribué à faire connaître en France, par la mise en scène de plusieurs pièces de ce dramaturge. À notre place, sa nouvelle création, parue en 2024 dans son pays d’origine et tout juste publiée en France, voit Lygre s’attacher à une nouvelle frange des relations humaines par la mise en présence de trois femmes, de générations différentes, unies par des liens d’amitié, à une période et dans des lieux indéterminés.

Échangeant en duo ou en trio, Eva, Sara et Astrid (respectivement interprétées par Cécile Coustillac, Chloé Réjon et Clotilde Mollet) convoquent plusieurs interrogations sur l’amitié, questionnements récurrents dans le champ de la sociologie et des sciences humaines, positionnant, sans l’énoncer vraiment, cette relation en regard de l’amour, avec des ressorts voisins : ruptures d’amitié, chagrins d’amitié, jalousies d’amitié, besoin d’amitié, etc… Alors que le lien entre Eva (la soixantaine) et Astrid (post-trentenaire) est établi de longue date, nonobstant une récente prise de distance, l’attachement entre Eva (la petite cinquantaine) et Sara est nettement plus récent, mais tout aussi fort. Il en résulte des répliques typiques d’un jeu à trois : « Et si tu devais choisir ? » lancé par l’une des deux plus jeunes à Eva, « Vous me regardez à la lumière de vous-mêmes » rétorqué, plus tard, par cette dernière à ses cadettes, etc…

Avec une verbalisation maximale de leurs pensées, une forme de commentarisation de tout ce que chacun fait, le texte d’Arne Lygre multiplie les « Ai-je dit » ou « Ai-je pensé », débouchant sur une parole qui, bien qu’assez minimaliste, finit par être quasi-performative. Ainsi, Sara et Astrid, à la relation naissante, donc, veulent absolument être amies et se décrivent comme telles alors qu’elles admettent ne pas encore bien se connaître, comme s’il s’agissait d’un moyen, sinon d’exister au monde, en tout cas de rompre une forme de solitude. Pourtant, chacune mène, en parallèle, une certaine vie sociale, avec des relations familiales mais qui, à l’instar des hommes dont il est question, demeurent hors-champ.

Pour servir ce propos, Stéphane Braunschweig a, de nouveau, recours à un jeu de cadre dans le cadre avec un plateau enchâssé dans un autre et une scénographie épurée qui permet de laisser la parole très en avant : lit, fauteuil, pouf, canapé et piano blancs, plateau immaculé et éclairage clinique. Afin de faire apparaître dans le champ les hommes et autres tiers, dans des projections dans des situations futures, rêvées, rejouées ou imaginées, des néons bleus remplacent momentanément les éclairages blancs. Dans ces situations, les trois comédiennes restent seules au plateau, assumant une sorte de jeu de rôle ou de transposition, comme si leur parole, même imitant celle d’un autre, était la seule possible ; comme s’il ne pouvait y avoir de discours indirect.

François Bousquet
le 13/04/2026

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