du 04/03/2026 au 24/08/2026
Bourse de Commerce,
Paris
Alberto Giacometti / Alina Szapocznikow / Bill Viola / Bourse de Commerce / Bruce Nauman / Danh Võ / Pierre Huyghe / Wolfgang Tillmans
Plusieurs critiques de presse ont déjà relevé que l’intitulé de Clair-obscur, nouvelle exposition d’ampleur présentée à la Bourse de commerce était assez trompeur. De fait, s’annonçant comme une déclinaison contemporaine du « chiaroscuro » italien, le parcours ne présente, en réalité, que peu de lien avec la technique caravagesque, mais possiblement davantage avec les sujets saisis par ce courant, et un rapport très prégnant avec la mort. C’est donc avec cette double réflexion en tête qu’on arpenta les différents niveaux du bâtiment, en commençant par la Rotonde, réceptacle d’une unique œuvre, une vidéo de Pierre Huyghe, projetée sur un immense écran. Réalisée en plein désert d’Atacama, elle montre un robot filmant un squelette, avec minutie et attention, manière de bien nous faire comprendre que tout tournera autour de la fin de vie et de ce qu’il en reste.
La noirceur qu’on associe assez naturellement à la mort irrigue aussi largement l’exposition, dans les photographies de Wolfgang Tillmans par exemple. Plus généralement, comme tout étant dans tout, dès qu’un artiste propose quelque chose de sombre et torturé, il se trouve incorporé au parcours : créatures de Germaine Richier, sculptures ascétiques d’Alberto Giacometti, trauma de l’exil chez Danh Võ, personnage en goudron et gravier de Jean Dubuffet, etc… Aux hybridations chimériques et (souvent) de mauvais goût d’Alina Szapocznikow répond l’installation 3 Heads Fountain de Bruce Nauman, avant d’arriver à l’œuvre la plus saisissante de l’exposition : une grande vidéo verticale de Bill Viola, dans laquelle eau et feu se confondent, pour engloutir un personnage féminin dont on ne distingue que les contours (Fire Woman).
Soit la promesse de tourner autour du chiaroscuro n’est donc pas vraiment tenue (mais peut quand même donner lieu à des créations intéressantes), soit c’est l’inverse. Avec la salle consacrée au peintre roumain Victor Man (le spectateur étant habilement mis en condition avec des murs noirs et des fenêtres parées de films occultants), on est ainsi bien dans le thème mais on est resté largement insensible à ces représentations macabres, voire morbides, de portraits féminins, à l’image des trois personnages de Titiriteros, éclairées à la bougie façon post-Greco, et qui sert d’affiche à cette exposition.
le 29/05/2026