du 03/06/2026 au 08/06/2026
Cinémathèque Française,
Paris
Pour sa cinquième édition à la tête de la Semaine de la Critique, Ava Cahen poursuit son travail de découverte, avec ce regard spécifique porté par cette section sur les premier et deuxième films. Année après année, depuis qu’elle officie, la déléguée générale, avec son équipe de sélection, parviennent, ainsi, à trouver des longs-métrages, singulièrement d’expression française, dont les sorties sont ensuite (très) remarquées : Le Ravissement, Les Fantômes, Les Reines du Drame, La Pampa, L’Intérêt d’Adam, Kika, Nino. Cette année, c’est La Gradiva, première réalisation de Marine Atlan, qui a été très bien accueilli à Cannes, avant d’y recevoir le Grand Prix de la Semaine de la Critique. Logiquement, sa projection parisienne, dans le cadre de la traditionnelle reprise de la sélection à la Cinémathèque Française, fut rapidement complète et on ne fut pas assez prévoyant pour y assister.
Pour les films français, on limitera donc notre court panorama sur Adieu Monde Cruel, premier film de Félix de Givry, présenté en clôture, hors compétition. À Lisieux, on suit Otto, 14 ans, qui, lassé du harcèlement subi au collège, décide de disparaître, se faisant aider par Léna, elle aussi en 3e dans le même collège. Porté par ses deux jeunes acteurs (Milo Machado-Graner, découvert dans Anatomie d’une Chute et Jane Beever), le film présente quelques motifs trop didactiques : elle diaphane (teint clair, rousse de cheveux) et lui plus mat et aux cheveux noirs, des ballons blancs qui s’envolent dans le ciel… Sur le plan formel, la photographie et l’étalonnage se font souvent trop sombres ou manquant de netteté, la musique trop tautologique tandis qu’une voix off omnisciente surligne le propos et explicite trop l’action (quand bien même il s’agit du timbre de Françoise Lebrun). Pour autant, le long-métrage démontre une honnêteté certaine ainsi qu’une retenue d’ensemble qui en font un objet plutôt attachant.
Du même âge qu’Otto, Dua vit comme toutes les adolescentes de la fin des années 90 : soirées où ça dragouille gentiment, amitiés tenaces entre filles, discussions autour des amours de Brandon et Brenda de Beverly Hills et sessions dans la chambre où elle chante du Skunk Anansie avec une copine. Sauf que Dua est d’origine albanaise et vit au Kosovo, avec des paramilitaires serbes qui tiennent les barres d’immeuble et l’espoir que l’OTAN et les États-Unis interviennent dans le conflit. Le récit d’apprentissage va donc croiser celui du vécu en temps de guerre (celle-ci restant globalement hors-champ), les étapes de bouleversement intime intervenant simultanément à celles d’une guerre à la fois lointaine et proche. Alors qu’on redoute régulièrement qu’il ne bascule dans quelque chose d’un peu glauque, le film parvient à conserver ce fil, impeccablement servi par son interprète principale Pinea Matoshi. Assurément, Blerta Basholli a puisé dans ses souvenirs familiaux pour forger son deuxième long-métrage, portrait en caméra à l’épaule d’une jeune fille qui ne s’en laisse jamais compter.
Autre film au substrat qu’on devine fortement autobiographique, Viva d’Aina Clotet, principale interprète et réalisatrice, opte pour une forme entre drame et comédie loufoque pour raconter l’histoire de Nora, quadra tout juste remise d’un cancer du sein et qui se trouve un peu perdue dans sa vie (amoureuse de deux hommes, concurrencée au travail, oreille de sa meilleure amie qui angoisse en fin de grossesse, accompagnante de sa grand-mère en fin de vie…). Entre passages dans le milieu hospitalier (elle est chercheuse en biologie, elle doit consulter pour le suivi de sa propre maladie, sa grand-mère est en EHPAD) et scènes crues où les corps s’entremêlent, l’Espagnole opte pour un ton direct, souvent capable de désamorcer une situation poignante et sans complaisance aucune pour son propre personnages. Si certains rôles secondaires sont un peu plus faibles (la mère de Nora ou le jeune amoureux, un peu rapides dans leur caractérisation) et que le film aurait gagné à être resserré par moments, Viva, par ses partis pris, dénote et se singularise.
Dates de sortie :
– Adieu Monde Cruel : 9 septembre 2026
– Viva : 14 octobre 2026
le 11/06/2026