Calder. Rêver en Équilibre

 date

du 15/04/2026 au 16/08/2026

 salle

Fondation Louis Vuitton,
Paris

 appréciation
 tags

Alexander Calder / Fondation Louis Vuitton

 liens

Fondation Louis Vuitton

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Deux ans après l’excellente monographie consacrée à Elsworth Kelly, retour à la Fondation Louis Vuitton pour une nouvelle rétrospective, accueillie en majesté (quatre niveaux et la quasi-totalité des salles lui sont dédiés), et destinée à un artiste plutôt bien identifié mais qu’on a toujours plaisir à retrouver. À nouveau, le résultat est au rendez-vous avec une circulation très fluide entre les étages et au sein de chaque galerie, malgré l’affluence, un parcours chronologique très accessible et des œuvres qui bénéficient à plein des grands volumes du bâtiment de Frank Gehry, surtout au niveau supérieur, celui où mobiles et stabiles respirent le mieux, au risque, dans la toute dernière salle, d’une certaine monumentalité.

Black Widow

Pour qui n’associe pas forcément de visuel au nom d’Alexander Calder, le hall d’entrée de la Fondation et la première salle de l’exposition donnent immédiatement à voir des œuvres iconiques de l’Étatsunien : Rouge Triomphant et Black Widow, respectivement. Avec leurs tiges en métal, reliant des formes biomorphiques, et leurs jeux sur les poids et contrepoids, ces deux créations (séparées pourtant de quinze ans dans leurs réalisations) synthétisent bien le travail du plasticien. Reprenant le fil de sa carrière, on se trouve tout d’abord plongé dans l’univers circassien, largement exploré dans ses premières années : esquisses au crayon, peintures très réalistes et dix-neuvièmistes, sculptures en fil de fer d’acrobates (The Brass Family) ou de danseuse (Wire Sculpture by Calder), maquettes et miniatures (à base de bouchons de liège, papier crépon, muselets de bouchons de champagne et autres objets pauvres), spectacle qu’on qualifierait, aujourd’hui, de performance. Ce regard vers cette pratique paraît ainsi annoncer la recherche d’équilibre qui constituera un fil rouge dans le cheminement artistique de Calder.

Medusa

Venu à Paris en 1926 (prétexte pris, de manière un peu opportuniste, pour la Fondation Louis Vuitton de célébrer le centenaire de cette arrivée dans la capitale), Calder y croisa de nombreux artistes de cette époque. Les travaux de ses contemporains se trouvent, alors, mis en regard de ses propres créations : Kandinsky et ses formes bariolées, Picasso et son Acrobate, Léger et ses compositions baroques, Miró et ses oiseaux stylisés, Arp et ses sculptures aux rondeurs abstraites, Mondrian, son géométrisme et son usage des noirs et rouges, etc… Au-delà du plaisir purement esthétique de retrouver des œuvres de ces plasticiens, cette mise en regard s’avère d’autant plus pertinente que Calder, dans ses productions (notamment ses portraits en fil de fer), se plaisait à représenter des artistes de son temps : Josephine Baker ou Fernand Léger, par exemple, dans des portraits magnifiquement accrochés (la 3D des compositions se mêlant à la 2D de leur ombre portée sur les murs).

Four Leaves and Three Petals

La combinaison des 2D et 3D trouve une nouvelle déclinaison plus loin, avec les réalisations de la fin des années 1930, tels ces cadres carrés peints, faisant office d’arrière-plan, pendant que du fil de fer et des objets se trouvent suspendus au premier plan (White Panel). Après avoir intégré quelques éléments naturels et objets trouvés, la décennie suivante voit apparaître le figuratif dans ses créations, dont les sublimes Peacock (mobile chamarré et élancé), Yucca et Four Leaves and Three Petals (les premières étant noires tandis que les secondes sont colorées). Plus loin, ce sont des poissons qui sont réalisés, les contours en fil de fer et le corps, suggéré par des éclats de verre et de céramique, comme des écailles colorées.

Après s’être essayé, sans trop nous convaincre, à la création de bijoux (appelées un peu pompeusement Sculptures portables par les cartels), trop chargés voire kitsch, Calder revint à ses mobiles et stabiles, empreints de cette grande légèreté et de ce caractère gracile et gracieux (Arco Petals). Par contraste, les créatures de la série Critters apparaissent bien trop massives et fantasmagoriques, invitant à revenir vers des choses plus abstraites, comme les grandes sculptures présentes dans le jardin à l’arrière du bâtiment, ou ce Rouge Triomphant qui nous avait accueillis et qui, présent dans le hall, constitue la dernière œuvre visible de ce très réjouissant panorama.

François Bousquet
le 31/07/2026

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