(Kranky / Modulor)
26/06/2026
Rock

Une pochette sombre avec quelques visuels dessinés, des intitulés de morceaux et des crédits saisis dans une police d’écriture « à la main », dix morceaux ramassés sur une grosse demi-heure, une voix féminine un peu embuée qui se pose sur des lignes instrumentales non ostentatoires : assurément, on est bien sur une nouvelle sortie Kranky, label toujours attentif à une telle esthétique et qui a repéré Cate Kennan à la faveur d’un premier album, paru fin 2022 sur Post Present Medium. Avec ses titres, qui visent possiblement trop à susciter l’imaginaire (ou à accompagner un hypothétique long-métrage, ce qui revient un peu au même), la jeune femme sait assurément mettre en place un climat, servi par sa voix tout juste réverbérée et à ses lignes et nappes de synthé.
Une légère basse et quelques tentations pulsatives (Devil’s Hour, probablement l’une des propositions les plus intéressantes), ou bien des saturations posées sur les notes de clavier (l’insensiblement ambitieux Calling, placé en fin de disque) peuvent apparaître au détour de l’album tandis que, pour changer des sonorités de synthé, deux guitaristes sont invités à intervenir aux côtés de la Californienne. Sur Reverie, Nico Liebman gratte doucement sa six-cordes, bien en adéquation avec l’atmosphère générale, tandis que Cole Berliner renforce le lien avec une certaine americana par l’usage d’une lap steel sur le bien-nommé Romantic Stings. En tout cas, ces présences permettent à ces morceaux de se distinguer un peu, à la différence du bien ordinaire So Far Away, dans lequel la guitare grattée par l’Étatsunienne elle-même ne produit rien de très singulier.
Vocalement, Cate Kennan est parfois tentée de doubler son propre timbre, afin de conforter la profondeur de ses compositions, mais sait aussi s’effacer. Pas toujours chantées, les pièces alternent ainsi habilement instrumentaux (The Lone West, Moonlight ou Rain) et morceaux vocalisés, tout en conservant cette même coloration entre romantisme tourmenté et douce mélancolie. Au total, possiblement trop visible dans ses intentions, Shadows, produit, enregistré et mixé par son autrice, aurait vraisemblablement gagné à bénéficier d’un regard extérieur, afin de mettre tout cela en tension. Peut-être pour le prochain album ?
le 25/09/2026