du 03/04/2026 au 28/09/2026
Centre Pompidou-Metz,
Metz
Particulièrement amateur du travail de François Morellet, on s’est réjoui en apprenant qu’une vingtaine d’institutions et galeries françaises proposaient, en cette année 2026, des expositions ou installations de celui qui aurait eu cent ans. Point saillant de cette programmation, 100 Pour Cent s’avance comme une véritable rétrospective du travail du Français, occupant toute la galerie 3 du Centre Pompidou-Metz, lieu toujours aussi vivifiant et bien agencé. Par le passé, outre ses présences dans des expositions collectives, on n’avait pu s’arrêter que sur des champs spécifiques de la production de Morellet (petits formats au Musée d’art moderne de la ville de Paris en 2007, néons au Centre Pompidou en 2011), rendant encore plus pertinente la visite au musée lorrain. Naturellement, ces deux volets sont bien présents dans ce large panorama (une centaine d’œuvres) à l’accrochage chronologique et à l’impeccable réussite, bénéficiant pleinement de la surface et de la disposition en longueur et modulable de la galerie, comme des apports de la collection du Musée national d’art moderne.
À ce titre, on fut frappé par le dialogue, assez vite instauré par François Morellet entre ses créations et leur support ou leur environnement. Ainsi, régulièrement, et passées ses œuvres de jeunesse (peintures figuratives réalisées autour de ses 15 ans et plutôt anecdotiques), celui qui fut frappé par la découverte, au Brésil, de Max Bill quand il avait 24 ans, s’orienta vers l’art concret, l’abstraction et le dialogue entre toile (ou néon) et cimaise. Une ligne sur un châssis peut, ainsi, se prolonger sur le mur, une sphère constituée de droites métalliques peut se refléter en disque au sol, une petite estrade courbée peut épouser la forme dessinée par un tube lumineux, une série de trois toiles peut se coucher progressivement par terre, un cadre immaculé peut paraître avoir glissé et laisser des petites traces noires sur la cimaise, ou bien une autre toile parcourue d’une simple ligne noire peut légèrement dépasser d’une cloison, comme si elle scrutait l’arrivée du spectateur.
Facétieux et inspiré, ce geste récurrent rejoint les interactions avec le visiteur auxquelles appelle Morellet, avec ces néons et ampoules clignotantes activables par pédales, ou, évidemment, ces différents jeux d’optique suscités par la vue de ses suites serrées de carrés. Parmi ces dernières, celle réalisée à partir de l’annuaire téléphonique (un ami lui dictait des numéros pris au hasard dans le bottin, et le peintre, après avoir tracé une grille sur la toile, coloria en rouge ou vert les chiffres pair ou impair) ouvre la voie à des créations protocolaires, fondées sur une sorte de contrainte qui, ici, se montre plus proche du jeu que du corset. Même forme de malice quand il s’agit de reproduire des toiles de maître en ne conservant que les dimensions et modalités d’accrochage, sans visuel aucun, ou bien quand les agencements de ses droites se trouvent commandés par des déclinaisons mathématiques liées au nombre π.
Informé, dès les intitulés des différentes œuvres, de ces protocoles et enjeux mathématiques, le visiteur peut s’évertuer (jouer ?) à vérifier si les intentions ont bien été respectées, et si les légers décalages sont bien conformes aux différences de degrés annoncées sur les cartels. Minimale et (ré)créative, stimulante et hospitalière, cette exposition s’avère tout aussi formidable qu’espérée !
le 17/09/2026