17/09/2026
Dynamo,
Pantin
Troisième plateau de septembre à la Dynamo et deuxième visite pour notre part, afin de vérifier si la progression d’Ana Roxanne, constatée sur Poem 1, publié en mai dernier sur Kranky (cinq ans après son premier effort), se traduisait sur scène. Un peu déçu par sa prestation donnée à Lafayette Anticipations fin 2021, on était toutefois prêt à revoir ce jugement, à la faveur d’une large tournée européenne, constituée de deux stations en France seulement (dont cette date pantinoise un peu pompeusement qualifiée d’ « inédite » par la Dynamo, alors que ce n’était donc ni la première française, ni même la première francilienne, de l’Étatsunienne).
En découvrant la salle escamotée, on fut un peu surpris, mais on comprit en voyant l’affluence : le public remplit largement toute la partie basse, ainsi qu’une partie de la coursive derrière la main courante. Devant une partie de cette assemblée, un trio avait été convié en ouverture de soirée, pour quarante-cinq minutes bien raccordées à la programmation traditionnelle de la salle de Banlieues Bleues : free-jazz syncopé, avec jeu classique de ce registre de la batterie. La singularité de l’Ishmael Ali Trio vint des deux autres instruments au son parfois étouffé (cordes de violoncelle dont la résonance était stoppée, trompette retravaillée) pour un rendu aussi mat que la trompette.
Officiant également au chant, Ishmael Ali alternait jeu de violoncelle aux doigts ou à l’archet ; sur sa batterie, Matt Carroll pouvait disposer des cymbalettes sur ses toms, tandis que Timothée Quost ôtait par endroits l’embouchure de sa trompette, en tapotait le corps avec une baguette et enfilait son pavillon sur un micro relié à une petite table de mixage pour des triturations. Sa trompette s’élança, à d’autres moments, dans des soli plus liés, plus lumineux dans leurs phrasés et timbres, accompagnée par des lignes de violoncelle au rythme soutenu.
Dans un des titres d’un set aux morceaux enchaînés, Matt Carroll invita une base rythmique électronique, tandis que son jeu de batterie se fit plus régulier, en soutien d’approches moins identifiables de ces deux comparses. Vers la fin de leur prestation, le Chicagoan inséra des notes de clavier issues de son laptop en même temps qu’il posait du spoken word sur le tapis musical. Y répondirent des frappes éparses de batterie et des interventions expérimentales de la trompette (chaîne frottée contre le pavillon), en forme de bonne synthèse de ses quarante-cinq minutes vivifiantes.
Assise derrière son clavier, Ana Roxanne s’installa à 22h face au public massé (assis dans la moitié côté jardin de la fosse, debout côté cour) et ouvrit son concert par les trois premiers morceaux de son récent Poem 1, interprétés dans le même ordre que sur disque : The Age of Innocence, Berceuse in A-flat Minor, Op. 45 et Keepsake. Possiblement un peu paresseux, un tel début permit néanmoins de vite saisir les améliorations de l’Étatsunienne : chansons au phrasé très clair et articulé, rendant les paroles très intelligibles, réservant quelques murmures et « ouh-ouh-ouh » mais sans trop en abuser, présence de cordes (jouées au clavier par Nico Leibman, qui accompagnait Ana Roxanne sur toute sa tournée), voix largement réverbérée, clavier en accords dans les médiums et basse (elle aussi tenue par son acolyte).
Après ce triptyque, vinrent deux morceaux avec vocalises, chantées dans un micro avec effets, sans clavier, façon intermèdes avant de repartir sur des propositions un peu moins évanescentes. Sous ce jour, Camille (rare morceau du soir qui ne provint pas de Poem 1) déploya sa rythmique, plus riche et plus présente au mix que sur disque, soulignée par la basse de Nico Leibman. Si les accords de piano y sonnèrent presque faux, la conjonction de tous les instruments avec les extraits du film Le Mystère Alexandrina continua de produire son effet. S’arrêtant entre chaque titre (parfois de manière trop abrupte avec fondu en fermeture rapide comme sur Camille ou One Shall Sleep), les deux musiciennes parvenaient à combiner habilement sons joués en direct et mesures importées. On remarqua ainsi cette batterie aux balais, samplée et soulignée par la basse, ou bien ces chœurs préenregistrés en vocalises accompagnant la voix d’Ana Roxanne très en avant sur Cover Me. Seule en scène pour les deux derniers morceaux (en clôture du set principal avec Untitled II et en rappel), cette dernière fut, au bout d’une heure de concert, saluée amplement et à juste titre.
le 22/09/2026