(Tonal Union / Import)
07/07/2026
Jazz

Akusmi / Avant-Garde / Jazz / Tonal Union
Depuis son premier album (qui était aussi, mi-2022, la première référence de Tonal Union, label devenu, avec le temps, l’une des structures les plus intéressantes et défricheuses du moment), Akusmi a su faire fructifier son travail, avec la publication d’un EP fin 2023, et apparaître comme une personnalité importante de la scène musicale avant-jazz (la sortie de ce nouvel album lui donna l’occasion de se produire en showcase à la boutique Rough Trade de l’East London, et on trouva même une « tranche » dédiée aux publications du Français chez un autre disquaire). Cette forme de reconnaissance lui permet alors de s’entourer davantage pour ce Terra Incognita, puisque chacun des sept morceaux compte au minimum un invité à ses côtés, pour un total de sept musiciens conviés sur l’album.
Comme souvent en pareille circonstance, le morceau d’ouverture donne amplement le ton, et met aux prises un maximum de participants, pour le résultat le plus long du disque (dix minutes trente) et une bonne plongée dans l’univers musical de Pascal Bideau : un instrumental entre jazz et post-rock, aussi bien porté par des sonorités boisées (marimba et balafon joués par le Français lui-même) que des instruments à vent (flûtes de Lluís Domènech Plana, clarinette et saxophone de Bideau) ou des cordes (harpe de Marisa Osu, zither de Bideau). Quand les percussions font leur entrée, le propos s’emballe un peu, dans une forme de cavalcade légère, rehaussée par les mailloches rebondissant sur les xylophones.
Ces postulats posés, Akusmi peut les dérouler sur le reste du disque, qu’il soit très entouré, ou plus faiblement. De fait, sur Anima, dans lequel Daniel Brandt (chargé de l’électronique) est seul à ses côtés, le nombre d’instruments joués par le Français permet de livrer une nouvelle composition très riche, officiant entre jazz psyché et envolées plus free (quand son saxophone se démarque). Sur Dawning Dusk, les percussions sèches de Dudù Kouate servent d’impeccables soutiens à ses saxophones, pour un mariage fécond. À l’autre bout du spectre, les cinq intervenants de Pleine Lune (dont Éric Renaud au saxophone soprano) favorisent l’émergence d’une partition ample et opulente.
Pascal Bideau se laisse possiblement, à quelques endroits, emporter dans son propre tourbillon, comme galvanisé par ses mesures répétées de balafon ou de saxophone (Rain Dance), ou bien fasciné par les consonances quasi-exotica apportées par ses invités. Eux-mêmes apparaissent, sur Drongo’s Flute, un peu perdus dans cette variété musicale, les flûtes ne semblant pas se situer sur le même tempo que les autres instruments. Mais ces limites sont certainement indissociables du registre choisi, et de la volonté affichée d’aller explorer une Terra Incognita musicale.
le 30/09/2026